Cameroun, un pays aux abîmes de la flagornerie médiatique

Publié le par Joel Didier ENGO

"...Une autre chose qui a dépassé le cadre du soupçon, c’est bien la richesse, parfois difficile à évaluer qu’on lui prête, où encore son goût prononcé pour les belles fringues et les belles limousines..." Dixit Quotidien Mutations, le 18 Mars 2011

 

Edgard Alain MEBE NGO'O

Ministre camerounais délégué à la Présidence chargé de la Défense, successeur désigné (dit-on par la France) de Paul BIYA

 

En gros, tout baigne tellement si bien pour "l'Ali BEN" en puissance que le quotidien Mutations en serait réduit, au delà de lui tresser des lauriers, à l'excuser presque de tous ces soupçons d'enrichissement illicite qui pèsent lourdement sur lui, et qui ont valu à d'autres de ses "frères" un bagne à vie (mérité?) à la Prison centrale de Yaoundé Kodengui.

 

Pauvre Cameroun...

 

Ce sont vraisemblablement les mêmes qui vont se plaindre (pour faire bonne figure auprès des observatuers étrangers) de la descente ininterrompue du Cameroun dans les abîmes de l'inertie, avec le triomphe d'hommes (Alain Mebe Ngo'o, Louis-Paul Motazé...) qui doivent d'abord sinon uniquement leurs prestigieuses ascensions dans le sérail local à leur parenté avec le dictateur Paul BIYA (78ans, 29 ans de règne).

 

C'est Pathétique!

 

Précision d'importance: n'allez surtout pas croire ou dire que je serais jaloux, voire que je nourrirais une quelconque frustration à l'égard de ces hérauts du statu quo tyrannique, étant pour ma part à mille lieux de leur microcosme totalitaire et tortionnaire. Dieu m'en preservé...

 

Je peine simplement à envisager un avenir radieux pour un pays encore maintenu dans une aussi grotesque flagornerie médiatique.

 

Cordialement

 

Joël Didier Engo

 

La semaine
 
 

18 Mar 2011
Edgar Alain Mebe Ngo’o : Entre l’action et le regard

Son premier poste était à l’Est; certains y voyaient un isolement. Pour lui une aubaine pour connaître le pays.

Difficile de ne pas voir sa main dans les dernières décisions importantes prises par le chef de l’Etat sur l’armée : des généraux mis à la retraite, dix colonels élevés ou promus au grade de général, et un bouleversement au sein du haut commandement militaire. En sa qualité de ministre délégué à la présidence de la République en charge de la Défense, et au cours d’une année électorale de tous les dangers, faire passer de telles décisions est à la fois un exploit et un risque. Personne ne doute que le dossier a traîné dans les tiroirs du Mindef, considéré par les divers prédécesseurs de Edgar Alain Mebe Ngo’o comme une patate chaude. Et de l’avoir dépoussiéré, pour le faire passer à la signature du chef suprême des Forces armées, pourrait bien être interprété par ses fidèles comme la preuve d’une confiance intacte du président de la République à son égard.


Mais on peut aussi présenter l’actuel patron du très complexe ministère de la Défense comme un veinard. Pas seulement parce que c’est pendant qu’il occupe ce poste que les principales réformes de l’armée, annoncées dans les fameux décrets de juillet 2001, prennent enfin corps, mais aussi parce que, encore cette semaine, s’est matérialisée une victoire arrachée en sa propre présence à Addis-Abeba le 15 février dernier auprès de l’Union africaine : c’est bien Douala, au Cameroun, qui sera la soute militaire d’Afrique et qui sécurisera le matériel militaire destiné aux interventions dans les pays africains en proie aux crises.

Une semaine rose en somme, à peine ternie par la sortie de piste à la base aérienne de Yaoundé d’un alpha jet de l’armée, qui a blessé les copilotes et endommagé l’appareil, et qui vient poser avec acuité le problème des équipements militaires de notre armée nationale, en particulier dans le secteur de l’aviation. Accident symptomatique pour un problème épineux sur lequel Edgar Alain Mebe Ngo’o est interpellé en même temps que le nouveau général en charge de l’armée de l’air, Jean Calvin Momha.


Mais une hirondelle, et même deux, ne sauraient annoncer le printemps d’une Grande Muette dont la grande famille a accumulé, au fil des temps, frustrations, injustices et malentendus, et dont les derniers hoquets ont résonné, à la faveur des derniers passages de grades, de leurs silences assourdissants. Un dossier supplémentaire assurément pour cet administrateur civil principal qui en a certainement d’autres et dont on rappelle souvent que sa première affectation, au milieu des années 80 à sa sortie de l’Enam, fut Bertoua dans les services du gouverneur. Alors que ses collègues le plaignaient pour le sort si dur envers lui, il aurait pris cette affectation avec le sourire, bénissant Dieu de lui avoir permis de commencer sa carrière en province, pour mieux connaître les réalités du pays profond.

La suite de sa fulgurante carrière lui a certainement donné raison, si on en juge par les dernières fonctions successives par lui occupées: préfet du Dja et Lobo à Sangmelima, de l’Océan à Kribi, préfet du Mfoundi à Yaoundé, directeur du cabinet civil de la présidence de la République, délégué général à la Sûreté nationale, avant d’hériter du département de la Défense lors du remaniement ministériel du 30 juin 2009.


Une trajectoire que d’aucuns justifient par quelques faits d’armes de "pur carriériste", notamment lorsqu’il est préfet du Mfoundi avec l’arrêté qu’il prend en 1997 pour restreindre les mouvements et communications de l’ancien secrétaire général de la présidence de la République, Titus Edzoa, qui venait de démissionner du gouvernement et d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de cette année-là.


De son passage à la Dgsn, on retiendra surtout le sobriquet de «père fouettard» à lui attribué pour le régime de sanctions qu’il imposa à ce corps malade. Les plus célèbres, dans le flux de communiqués qui ponctuaient presque au quotidien le journal parlé de 17 heures à la Crtv radio, étant le 15 juin 2008, les sanctions prises contre le commissaire divisionnaire Victor Hugo Mbarga Mbarga alors l'un des patrons de la police des polices, et le directeur de la Police des frontières, Francis Melone Mbe, à qui il était reproché des actes de faux et usage de faux. «Je vais vous laisser le soin de séparer le bon grain de l’ivraie», allait-il déclarer aux nouveaux promus.

Une déclaration à peine changée lorsqu’il arrive au ministère de la Défense, lui qui, en avril 2010, doit sanctionner les éléments du Bir coupables d’indiscipline manifeste après les événements de Limbe : «Ce qui ne peut pas attendre, c'est le retour de la discipline. Je dois vous dire tout de suite que les plus résistants à cette éradication vont être mis hors des rangs sans autre forme de procès. Car, comme on le dit, une dent cariée a fini par pourrir toute la bouche. Nous allons lutter sans relâche contre l'indiscipline d'où qu'elle vienne».


Le temps seul permettra de savoir si Edgar Alain Mebe Ngo’o, 54 ans bien sonnés, aura finalement réussi au Mindef ce qu’il a pu réaliser à la police. Et c'est probablement ce même temps, auquel savent souvent s’associer les grands hommes, qui devra gérer la suite de carrière de cet homme que l’on présente souvent, avec Louis Paul Motaze ou Pierre Titi, comme un «fils» du président, au point de lui soupçonner des ambitions de successeur. Une autre chose qui a dépassé le cadre du soupçon, c’est bien la richesse, parfois difficile à évaluer qu’on lui prête, où encore son goût prononcé pour les belles fringues et les belles limousines. Mais pour ces derniers cas, il reste imperturbable et c'est un de ses proches qui résume si bien sa philosophie de vie : «Avec les postes qu'il a occupées, c'est bien la moindre des choses qu'il soit à l'abri du besoin. Pour le reste, il aime bien faire et laisser dire aux autres ce qu’ils veulent».

Alain B. Batongué

 

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