Diaspora Camerounaise, jusqu'ici officiellement tabou au Cameroun

Publié le par Joel Didier ENGO

Il évidemment impossible d'éviter les aigreurs et attaques personnelles dans un environnement socio-politique qui a jusqu'ici donné la prime à la médiocrité et la bassesse intellectuelle.


Faisons l'effort de ne plus les voir, de ne plus les lire, de ne surtout plus les écouter...Car ils ne nous avancent point.


Attardons-nous sur les éminences, leurs analyses constructives...et Joseph OWONA (quoi qu'on en dise, ou qu'on en pense ) est certainement de celles-là...


C'est d'abord l'éminent professeur de droit international public et constitutionnaliste, qui prend le risque (personnel et politique) de nous livrer ci-dessous son intime conviction sur un sujet presque tabou.


Il est ainsi l'un des rares responsables camerounais qui a compris qu'il est suicidaire dans un contexte de globalisation économique et financière, d'envisager l'émergence camerounaise en maintenant sa diaspora dans la marginalité juridique et institutionnelle.


Si cette situation a longtemps profité à des hierarques du régime dictatorial, le Cameroun comme entité étatique n'y a absolument rien gagné. Il gagnerait donc désormais à donner une visibilité institutionnelle réelle et une citoyenneté (pleine et entière) à une diaspora, dont le potentiel intellectuel, professionnel et financier ne se dispute pas; mais qui a elle-même jusqu'ici brillé par la dispersion et l'éparpillement.


Voilà l'enjeu principal, le reste ne mérite pas qu'on s'y attarde.


Merci


Joël Didier Engo

 

 

 
Pr Joseph OWONA: "Le Cameroun a intérêt à se réconcilier avec sa diaspora"
Dikalo
DOUALA - 17 MAI 2010
© THIERRY NYOPE | Dikalo
L'agrégé parle du rôle de la diaspora dans le développement du Cameroun. Il s'exprimait ainsi au sortir d'une conférence organisée à l'université de Douala...



Dikalo: Qu'est-ce qui a motivé le choix de ce thème: «Diaspora et développement» ?

Pr Joseph Owona: Je l'ai choisi au hasard, j'aurai bien voulu parler du droit constitutionnel nouveau. Je crois que j'en aurai l'occasion. Et c'est quand même un problème d'actualité. On a l'impression que le Cameroun a mal à sa diaspora et que la diaspora a mal à son pays. Donc, il faut un peu clarifier les enjeux, permettre de connaître mieux la diaspora, permettre également d'explorer les solutions qui peuvent permettre à la diaspora de contribuer paisiblement et durablement au développement du Cameroun.


D.: Est-ce que cette conférence entre dans le cadre d'une volonté du Président de la République de faire intégrer sa diaspora ?

Pr J.O.: Je crois que je suis le président de la République de loin et il est possible que nous ayons les mêmes vues. Je suis de son parti. Mais je pense que le Cameroun a intérêt à se réconcilier avec sa diaspora ?


D.: Qu'est-ce qui vous a poussé à dire que le Cameroun a mal à sa diaspora ?

Pr J.0.: Vous avez vu la composition de la diaspora ? Ce n'est pas une, mais des diasporas. Il y a certainement une qui a des problèmes puisqu'elle a pour programme de détruire le système camerounais. Elle le dit elle-même. Je crois que ça ne peut pas être le bon programme. Qu'elle peut avoir un programme beaucoup plus constructif, beaucoup plus positif. Je dirai même qu'il aurait beaucoup plus d'incidence sur l'avenir du Cameroun.


D.: Cette diaspora, vous l'aviez appelé la diaspora des petits fils d'Um Nyobe. Mais on a comme l'impression que son poids n'est pas à négliger...

Pr J.O: Allez savoir si elle pèse. Mais elle a quand même des gens. Ce sont eux qui s'organisent, qui s'agitent sur Internet. Nous sommes dans un monde organisé. C'est elle qu'on suit. C'est elle qui dit qu'il y a quelque chose au Cameroun. C'est elle qui fait des pétitions. C'est elle qui fait un certain nombre de choses.


D.: Fait-elle peur ?

Pr J.0 : Pourquoi ça ne fera pas peur ? Ce n'est pas un problème de peur. Je dis qu'on est dans un monde qui est en fait tout petit. Je crois que le Cameroun fait partie des pays qui vont avoir bientôt 3 millions de personnes à l'étranger et ces 3 millions de personnes comme je l'ai dit, sont diverses. Il y a de la diversité, mais il y a aussi de la qualité. Il faut profiter de cette qualité pour qu'elle contribue positivement à l'avenir du Cameroun.


D. : Qu'est-ce qui caractérise cette qualité ?

Pr J.O : Il y a des gens qui ont fait de très bonnes études et qui ont un savoir-faire, qui ont un savoir-être qu'ils doivent transmettre au Cameroun. Et ce serait mauvais que ce savoir se perde. Par exemple, en termes de flux financiers, l'argent qui vient de la diaspora est très important, il faut simplement sécuriser ces envois et qu'ils servent au développement du Cameroun. Le cas des médecins est l'un des plus palpables. Dans des pays tels que la Chine, les ressortissants de la diaspora reviennent parfois dans leur pays pour dispenser des cours de haute physique, de bonne gestion, et vous voyez aujourd'hui l'économie chinoise.


D.: Quelles sont les conditions d'un retour d'une partie au moins de cette diaspora ?

Pr J.O : D'abord, il faudrait que les Camerounais veuillent les accueillir et il faudrait qu'eux-mêmes veuillent retourner. Parce que pour la plupart, ils occupent d'importants postes à l'étranger. Je ne crois pas que ce soit leur volonté de rentrer. Ils préfèrent rester là-bas et contribuer à l'effort de guerre pour ceux qui sont restés.

Il faut aller au-delà de la double nationalité. Je crois qu'ils sont près de 3 millions, donc c'est une communauté qui doit avoir une voie. Et le président de la République est très impliqué dans ce sens. Je crois qu'une fois en Europe, il a pris langue avec la diaspora. Les choses peuvent évoluer sur ces instructions. Au niveau de la Constitution, il faut commencer à proclamer qu'ils font partie de la nation camerounaise, ensuite, aménager leur représentation au Sénat, à l'Assemblée nationale et dans les conseils régionaux ; aménager aussi au niveau du ministère des Relations extérieures des structures de dialogue qui peuvent suivre leurs problèmes.
 
 
Université de douala: Joseph Owona plaide pour la diaspora
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YAOUNDE - 14 MAI 2010
© Théodore Tchopa | Le Jour
  
 
L’ex-Secrétaire général de la présidence de la République invite le gouvernement à mettre sur pied des institutions pour le suivi des camerounais de l’étranger. Les Camerounais vivant à l’étranger peuvent-ils contribuer au développement social, économique du Cameroun ?
 



 
Peuvent-ils constituer une véritable 11ème province du Cameroun ? Telles sont les questions qui ont préoccupé l’ancien Secrétaire général de la Présidence de la République du Cameroun, le Professeur Joseph Owona, le 12 mai dernier au campus N°2 de l’Université de Douala. L’enseignant de droit public prenait en effet part à une conférence organisée par le département des droits publics de la faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Douala, à l’occasion de l’inauguration des 3ème cycles dans ledit département.

Au cours de cette conférence donnée à l’amphithéâtre Stanislas Melone en présence des étudiants et des enseignants de la faculté des sciences juridiques et politiques, Joseph Owona a proposé au gouvernement quelques solutions devant améliorer la contribution de nos compatriotes de la diaspora au développement de notre pays. L’une d’elle est par exemple, la création d’un cadre de dialogue entre le gouvernement camerounais et la diaspora. Selon l’enseignant des droits publics, un cadre juridique, légal et institutionnel doit être mis en place pour traiter du cas spécifique des Camerounais vivants à l’étranger. Le conférencier propose en outre aux pouvoirs publics de reformuler le code de nationalité, proclamer les Camerounais de l’étranger partie intégrante de la nation, et accorder à ces « Camerounais à part entière » une représentation au sein des institutions telles que le Sénat, l’Assemblée nationale et même les assemblées régionales. Un collège regroupant ces compatriotes pourrait être créé par exemple en Amérique du Nord et en Europe, pour ne citer que ces cas, a proposé le conférencier. Joseph Owona souhaite que soit créée, au sein de l’Assemblée nationale, une commission des Camerounais de l’étranger et, au sein du ministère des relations extérieures, un haut commissariat des camerounais de l’étranger.

Joseph Owona a par ailleurs noté que les Camerounais de l’étranger sont caractérisés par leur dispersion, l’existence des clivages ethniques, religieux et culturels, qui représentent un sérieux handicap. Il observe néanmoins que la diaspora camerounaise constitue l »invisible 11ème province du Cameroun.


Les Camerounais de l’étranger en chiffres

Les Camerounais sont présents au Nigeria (plus de 2 millions), aux Etats-Unis (plus de 700000), au Gabon (à peu près 50000), en France (40000), en Allemagne (7000), aux Pays-bas (5000), en Suisse, en Grande Bretagne et en Belgique. De nouveaux pôles d’immigration se sont constitués en Afrique du Sud et en Guinée Equatoriale.
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