Lecture – Livre de Fanny Pigeaud: une aide précieuse pour comprendre le système dictatorial de Paul BIYA au Cameroun

Publié le par Joel Didier ENGO

Interview menée par Reinnier Kazé, http: www.ka-media.info
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La journaliste française Fanny Pigeaud, ancienne correspondante au Cameroun de plusieurs médias étrangers, dont l’Agence France-Presse (AFP), a publié mardi 2 août en France un ouvrage intitulé " Au Cameroun de Paul Biya" dans lequel elle revient sur presque 30 ans de pouvoir de M. Biya.

C’est la première fois qu’un tel ouvrage est publié. Dans une interview accordée à Ka Média, elle revient sur le contenu de ce livre. La journaliste estime que "l’avenir du Cameroun, avec ou sans M. Biya," est pour le moins "préoccupant". Elle pense aussi que l’idée de céder sa place "n’a jamais fait partie des schémas de pensée" de M. Biya, 78 ans, au pouvoir depuis 1982. Le président semble d’ailleurs se préparer à briguer un nouveau mandat lors de la prochaine présidentielle prévue en principe en octobre 2011.

Vous avez publié ce 2 août en France un livre intitulé "Au Cameroun de Paul Biya". Pourquoi une telle publication à trois mois du scrutin présidentiel au Cameroun ?

Ce livre était en gestation depuis plusieurs années. Il vise à combler un vide : il n’existe pas, à ma connaissance, d’ouvrage qui fasse la synthèse des "années Biya", à la fois sur le plan social, économique et politique. Or ces 30 années ont et vont durablement marquer le Cameroun. Le pays est en outre très peu connu à l’étranger et notamment en France, qui y joue pourtant un rôle important. L’ambition de cet ouvrage est donc d’informer sur la réalité étonnante et inquiétante que vivent les Camerounais, tout en proposant un bilan à ces derniers. Il se trouve que la fin de sa rédaction et sa publication arrivent quelques mois avant une élection présidentielle : c’est une bonne occasion pour le faire connaître.

Cet ouvrage est présenté comme une analyse du fonctionnement du régime Biya et une présentation des "ressorts" de sa longévité au pouvoir. Qu’est-ce qu’on peut en retenir globalement ?

Le livre explique comment M. Biya a pu rester au pouvoir aussi longtemps et ce qu’il a fait du Cameroun. Il montre que le président et ceux qui servent son régime ont utilisé un certain nombre de techniques pour se maintenir : la manipulation des identités ethniques, l’entretien des divisions au sein de la classe dirigeante, l’anéantissement de toute opposition, l’encouragement à la corruption, la destruction du système éducatif pour mieux asservir les Camerounais, l’utilisation de la violence, etc. Tous ces procédés vont laisser des traces profondes dans la société camerounaise. Quand on constate les dommages qu’ils ont déjà occasionnés, on ne peut penser qu’à un immense gâchis.

Vous dites dans votre livre que le soutien de la France est une des choses sur lesquelles M. Biya s’est appuyé pour durer au pouvoir. Comment ce soutien se traduit-il ? Est-ce que M. Biya compte toujours et comptera encore dans les années à venir sur un tel soutien ?

M. Biya a toujours bénéficié du soutien de la France. Pour protéger ses intérêts économiques, Paris l’a en particulier aidé à rester au pouvoir après l’élection présidentielle de 1992 qu’il a officiellement remportée, mais perdue en réalité, comme le reconnaissent aujourd’hui des cadres de son parti. Alors que les autres pays partenaires du Cameroun dénonçaient haut et fort des fraudes, la France avait félicité M. Biya pour sa réélection. Elle avait ensuite apporté un soutien financier important au régime qui lui avait permis de faire face à la contestation populaire et de reprendre la main. On peut penser que Biya aura son soutien -même s’il ne s’agit que d’un silence complice - tant qu’il garantira les intérêts français sur place. Le livre montre aussi que les financements internationaux donnés au Cameroun servent d’une manière générale de caution au système Biya.

M. Biya est-il un dictateur ?

Comme tous les Camerounais le savent, M. Biya est omnipotent : pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont à son service. Et il ne rend de compte à personne. Mais il a une particularité : il ne s’occupe pas des affaires du pays et laisse faire tout et n’importe quoi. Il ne réagit que lorsqu’il sent son pouvoir menacé. Son régime est ainsi très paradoxal : il est à la fois autoritaire et laxiste.

Tout porte à croire qu’il briguera un nouveau mandat en 2011 alors qu’il est âgé de 78 ans avec près de 30 au pouvoir. Sa volonté n’est-elle pas de mourir au pouvoir ?


M. Biya reste pour tout le monde un personnage énigmatique qui cultive un côté imprévisible mais se montre en même temps très prévisible. Lorsqu’on retrace son parcours et son fonctionnement, on peut voir de façon assez claire que l’idée de quitter la présidence n’a jamais fait partie de ses schémas de pensée. Quel que soit le moment où il partira, la fin de son « règne » va être très difficile pour lui -elle l’est d’ailleurs déjà-, tant les rancœurs à son égard et les ambitions de certains de ses proches sont fortes.

M. Biya peut-il prendre part à la présidentielle de 2011 et la perdre ?

J’ai l’impression que tout a été mis en place par son parti pour qu’il la remporte : il contrôle tout le processus électoral. Et il n’a même pas besoin de frauder pour parvenir à ses fins : il n’y a, face au président sortant, aucune opposition crédible qui puisse séduire les Camerounais et les pousser à aller voter.

A quoi ressemblera le Cameroun après M. Biya ? Et quels sont les défis qui attendent les Camerounais dans cette perspective ?

L’avenir du Cameroun, avec ou sans M. Biya, est très préoccupant, en particulier parce que le régime a divisé la société, démoli le système éducatif, privilégié un fonctionnement à très court terme et installé des pratiques mafieuses dans les structures de l’Etat. Comment les jeunes générations, mal éduquées/formées et formatées par la corruption, vont-elles arriver à redresser la barre ? C’est sans doute l’une des principales questions que les Camerounais et leurs partenaires internationaux doivent se poser.

 


Fanny Pigeaud.jpgFanny Pigeaud
"Au Cameroun de Paul Biya"
Éditions Karthala, Paris, août 2011
266 pages,
22,80 Euros
10 000 francs Cfa.

 

 

 

 

 

Cameroun: la France lâche-t-elle Biya? , par Raoul Mbog, Slate.fr

 

"Comme chez lui", par Xavier Messè, Quotidien Mutations

 

Autre conseil de lecture sur le même sujet: patrice ganang_200_200.jpg  

Patrice Nganang  "Contre Biya - Procès d’un tyran "
Edition Assemblage, Ulm, juillet 2011
160 pages
Librairie des Peuples noirs – Yaoundé

 


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Thierry Amougou:
"Le Biyaïsme.Le Cameroun au piège de la médiocrité politique,de la libido accumulative et de la (dé)civilisation des moeurs"

ISBN : 978-2-296-56199-1
Prix: 34,50 €
Editeur l'Harmattan
Collection: Pensée africaine

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Lavoisier 16/08/2011 13:23




La journaliste française Fanny Pigeaud n’apporte rien de neuf sur les infos contenues dans ce livre aux allures de plagiat. C’est du déjà entendu, du déjà lu ! ce n’est parce que c’est écrit
par une Blanche que c’est formidable.