Libye : ne boudons pas la chute d'une dictature vieille de 42 années!

Publié le par Joel Didier ENGO

Récemment dans une radio internationale, j'ai entendu des habitants de Bamako (Mali) s'inquiéter des conséquences économiques induites par de la chute de Mouammar Kadhafi. Curieusement au même moment, certains des dirigeants africains réunis pour la circonstance au siège de l'Union Africaine (UA) à Addis-Abeba (Éthiopie) , assimilaient en des termes peu diplomatiques, le reversement de l'ancien Guide Libyen à une nouvelle forme d'ingérence occidentale en Afrique, sous le couvert du soutien aux révolutions démocratiques.
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En un reportage radiophonique, nous avions curieusement un condensé saisissant de la fissure béante qui s'est progressivement creusée avec la mondialisation, entre la plupart des dirigeants du continent noir et leurs peuples respectifs. Effectivement si le départ de Kadhafi peut tarir les financements de certaines œuvres sociales à forte connotation confessionnelle en Afrique de l'Ouest; il fait surtout mal aux portefeuilles de nombreux chefs d’États de la région, et inflige un nouveau camouflet (après la chute de Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte) à cette fumeuse doctrine politique très africaine, identitaire et réactionnaire à la fois, qui a toujours dénié l'émancipation démocratique intégrale aux populations du continent, au nom de supposées «réalités locales» et/ou d'une non-ingérence dans les affaires intérieures des États.

Des dictateurs à vie qui deviendraient donc nos meilleurs alliés, au nom de la non-ingérence dans les affaires africaines?

Il faudra ainsi nous préparer et finir par nous habituer à l'apparition des nouveaux apôtres africanistes de l'anti-impérialisme occidental, généralement sur les médias officiels en Afrique, et dans les forums communautaires ou nationalistes en occident. Quand ils ne s'allieront pas directement, lors de parodies d'élections, aux tyrans à vie (dont ils s'opposaient pourtant hier comme réfugiés politiques); ils reprendront le vieux refrain de la mainmise des pays occidentaux sur les richesses africaines, selon eux, le seul réel motif de leur soutien aux révolutions démocratiques.

Peut-être n'auront-ils pas totalement tort!

Car personne ne peut raisonnablement croire que l'émancipation des peuples opprimées représente la seule et unique motivation du soutien manifesté par de grandes puissances militaires et économiques à des révolutions démocratiques. Les intérêts des États ne s’encombrent pas longtemps des aspirations populaires, fussent-elles démocratiques. Ce qui s'est joué dans la Libye de l'après Kadhafi a aussi à voir avec l'approvisionnement énergétique des principales parties prenantes à la guerre. Il ne serait d’ailleurs pas choquant qu'elles réclament des contreparties à la hauteur de leurs engagements respectifs dans libération du Peuple Libyen d'une dictature vieille de 42 interminables années.

L'indécence consisterait davantage de penser que les peuples, en raison de leur origine culturelle, géographique, ou ethnique...s'accommodent et se résignent à des dictatures; au nom d'une supposée «non-ingérence dans les affaires des États», qui finissent bien souvent - dans la longévité d'un Pouvoir autoritaire - par devenir les affaires d'un seul homme fort et de son clan.

Je vous remercie

Joël Didier Engo

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