Thomas Eyoum'a Ntoh, une plume caustique camerounaise s'en est allée...

Publié le par Joel Didier ENGO

une de celles (rares au Cameroun) qui, y compris lorsqu'elle vous égratigne (directement ou indirectement), sème la confusion dans votre esprit: entre le droit légitime de lui répondre et l'observation d'un silence admiratif.

 

C'était cela le style Thomas Eyoum'a Ntoh.

 

Repose (enfin) en paix après ces "interminables" mois de souffrance dans l'indifférence des négriers de la presse (privée) camerounaise (il en existe malheureusement), qui n'ont jamais voulu t'apporter le soutien financier nécessaire pour des soins médicaux de qualité; alors qu'ils s'octroyaient pour eux-mêmes et leurs proches ces privilèges (tel l'entretien onéreux des progénitures installées à l'étranger); précisément ceux-là mêmes que tu fustigeais à raison dans tes articles au vitriol sur l'élite comprador du régime en place.

 

C'est aussi cela le Cameroun, un pays où la presse privée (financièrement sinistrée) n'échappe pas aux avatars d'une mauvaise gouvernance chronique (courageusement reconnue avant sa mort par le regretté Directeur de Publication du Messager, Pius NJAWÉ): celle qui consiste à pointer indéfiniment le doigts sur les fautes de gestion (condamnables) des autres, sans nécessairement remédier aux siennes. Bien au contraire...

 

Cette vérité-là mériterait aussi d'être dite, afin de ne surtout pas entériner, donc se résigner, au deux poids deux mesures dans la Presse, y compris face à la mort.

 

Thomas Eyoum'a Ntoh, que la terre de nos ancêtres te soit légère.


 

Joël Didier Engo

 

Thomas Eyoum 'a Ntoh: La longue agonie d'un chevalier de la plume
Aurore Plus
DOUALA - 07 SEPT. 2010
© FRANÇOIS LASIER | Aurore Plus
  
Splendeurs et misères de la profession de journaliste...
http://www.cameroon-info.net/stories/0,27245,@,thomas-eyoum-a-ntoh-la-longue-agonie-d-un-chevalier-de-la-plume.html


La presse camerounaise est de nouveau en deuil. Elle vient de perdre l'une des ses meilleures plumes combattantes, Thomas Patrick Eyoum'a Ntoh, qui a signé les plus belles chroniques du « Messager », au temps de la splendeur du journal de Pius Njawe. On dirait que les deux se sont passé le mot pour qu'ils en soient à tirer leur révérence à moins d'un mois d'intervalle. Dans les colonnes du Messager, Thomas signait ces chroniques incisives, hautes en couleurs d'impertinence, souvent au vitriol dans un style qui lui était particulier, tendance « Canard Enchainé » avec un zest de San Antonio. Il y avait gagné en réputation, quelques ennemis au passage, beaucoup d'amis aussi qui ne rueront pas à son chevet lorsque Thomas fait un accident vasculaire-cérébral, un deuxième, qui le clouera définitivement dans son lit. Hémiplégie ou paraplégie ? Le diagnostic était incertain. Mais les amis qui ont pris la peine d'une visite au malade se doutaient qu'il ne s'en remettrait pas, sauf miracle, en dépit des mille séances de kinésithérapie qui coûtaient une fortune. Au fond, le cerveau de Thomas avait refusé de continuer à coopérer. Des mois avant sa dernière attaque, il Y a eu ces signaux qui ne trompaient pas. On le revoyait, assis devant un ordinateur, mettant la dernière main à une des dernières chroniques dont il avait eu l'inspiration pour le compte du journal Aurore Plus. Il s'arrêtait de travailler et se plaignait qu'il ne voyait plus distinctement. C'était le début de la fin de l'homme. Il restera grabataire trois longues années, crevant en silence, dans une indifférence généralisée. Quelques âmes généreuses ont mobilisé quelques moyens pour sauver le soldat, hélas pas assez pour le tirer de là. Il avait besoin d'une évacuation sanitaire en Europe, trop coûteuse définitivement pour décider les uns et les autres. Ainsi mourra Thomas Eyoum’a Ntoh, et sa fin dans l'indignité, lamentablement, devrait permettre de reposer la question d'une sécurité sociale pour les journalistes de la presse privée et, plus globalement, celle d'une convention collective qui assurerait un minimum à la profession en cas de coup dur.

Le plus beau métier du monde est au Cameroun le métier le plus ingrat. Thomas Eyoum'a Ntoh aura été de toutes les batailles politiques des années chaudes au virage de la décennie. Il devra quitter Le Messager pour tenter une autre aventure avec Dikalo, avec des compagnons, Emanuel Noubissié Ngankam, Jean-Baptiste Sipa et une équipe de jeunes plumes. Le positionnement éditorial du journal qui se veut modéré avec son mot d'ordre «tranquillement pour le changement» va perdre le journal. La classe politique est alors profondément divisée en deux, entre les réactionnaires pro-Rdpc, et les révolutionnaires qui ne font pas mystère de leurs sympathies pour une opposition en mal d'inspiration mais convaincue qu'elle tient les cartes de l'alternance à Etoudi. Dans une telle configuration sociopolitique, il n'y a malheureusement personne au centre et Dikalo est très vite perçue comme un projet de traître à la cause universelle de l'émancipation camerounaise. On ne sait toujours pas si le conflit épistémologique qui avait opposé Eyoum'a Ntoh et Pius Njawe a trouvé solution, mais le premier reviendra au Messager lorsque le projet éditorial Dikalo a foiré et que le titre a été vendu à Bayero Fadil qui tenait à doter le Nord Cameroun d'un organe de presse qu'il contrôlerait pour tenir la dragée haute au village organisateur, notamment avec l'affaire de la privatisation de la Sodecoton.

Dikalo a survécu à son fondateur, avec une ligne éditoriale en laquelle Thomas ne se serait jamais reconnu. Il se retrouve aussi à La Nouvelle Expression avec Séverin Tchounkeu, mais il est sur le déclin, il est à l'étroit dans la maison, il est littéralement poussé à la démission. Il faudra à l'évidence constater que le journaliste s'était un peu usé et avait perdu de sa pétulance et de sa percussion. L'usure du temps. Ailleurs aussi, on pense qu'il avait tellement fait la nique à tout le monde que les clients en étaient venus à manquer.


Une profession, deux poids deux mesures

En un mois d'intervalle, le scénario annoncé pourrait être choquant, pour les journalistes surtout qui gagneront à organiser des obsèques dignes en hommage à ce pionnier de la presse qui a inspiré pas mal de vocation parmi les jeunes journalistes. A moins de se résoudre à consacrer à la face du monde qu'il y a des journalistes de première zone, et les autres dont la mort ne fait bouger personne. Les apports de Thomas Patrick Eyoum'a Ntoh au rayonnement de la presse privée au Cameroun et spécifiquement pour le Messager lui méritent un hommage à la mesure de son talent et de son courage.

 


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