Vers un énième hold-up électoral au Cameroun?

Publié le par Joel Didier ENGO

 

Elecam_RDPC.jpg  Par Kah Walla, citoyenne camerounaise et candidate déclarée à l’élection présidentielle.

 

Si jamais il persistait l’ombre d’un doute quant à la volonté du gouvernement Biya d’orchestrer un hold-up électoral en 2011, ce n’est plus le cas aujourd’hui. À une période où l’Afrique conduit le monde dans une nouvelle vague de la liberté démocratique, le président Biya et son gouvernement viennent juste de mettre en place de façon stratégique, un cadre juridique en vue d’un hold-up électoral au Cameroun. En tant que Camerounais, en tant qu’Africains, en tant que citoyens du monde, nous ne pouvons pas permettre que cela arrive


Le Contexte


Un vent de changement souffle sur le continent africain. Les Présidents-Dictateurs qui ont été au pouvoir pendant plus de 20 ans sont en train de tomber, les uns après les autres. Les Africains et les Arabes sont debout pour dire clairement qu’ils veulent, comme tous les autres peuples dans le monde, avoir la liberté de s’exprimer, la liberté de définir et de rechercher le bonheur pour eux-mêmes et surtout la liberté de choisir les dirigeants de leurs nations.


La Demande


Les Camerounais de tous horizons - les partis politiques, les organisations religieuses, les syndicats et autres - ont clairement fait savoir qu’ils aimeraient voir un changement démocratique dans leur pays par des élections libres et équitables. Quelques unes des principales réformes qu’ils demandent sont:


• La révision complète et la rationalisation des multiples lois électorales en un seul code électoral


•La refonte complète du système d’enregistrement des électeurs


•L’enregistrement biométrique pour éliminer la fraude et permettre la délivrance immédiate des cartes d’électeurs


•Un bulletin de vote unique


•Le scrutin à deux tours pour les élections présidentielles


•La possibilité pour les Camerounais de la diaspora de voter


•L’âge de voter devrait être le même que l’âge légal des adultes, qui est de 18 ans


•Et bien plus encore


La Réponse Ultime du Président Biya


Le Président Biya a donné aux Camerounais une claque historique, mais malheureusement familière dans le visage. Avec le projet de loi n ° 884/PJL/AN modifiant  la loi N ° 2006/011 du 29 Décembre 2006  portant création d’Elecam, le gouvernement Biya a scellé le sort des élections de 2011 en sa faveur et contre le peuple camerounais. Faisons-en un examen attentif.


Article 6 - L’article initial prévoyait des dispositions pour qu’Elecam puisse être en mesure d’annoncer les tendances des élections et qu’à la suite, le Conseil constitutionnel  prononce les résultats définitifs.


La nouvelle loi a retiré à Elecam tous les pouvoirs d’annoncer les tendances des élections et donne entièrement les prérogatives pour l’annonce des résultats au Conseil constitutionnel. C’est ce même Conseil constitutionnel, dirigé par Dipanda Mouelle, qui a tourné en dérision les résultats des élections en 1992. Biya a une fois de plus placé le sort des Camerounais entre les mains de ses copains triés sur le volet pour 2011.


Article 8 - La nouvelle loi prévoit 18 membres au conseil d’Elecam, au lieu des 12 d’origine, pour «s’ouvrir à d’autres partis politiques et à la société civile ».


Ce qui peut apparaître comme une ouverture vers d’autres partis politiques n’en n’est pas  du tout une.


Tout d’abord, ce changement est en violation flagrante de la l’alinéa 2 du même article qui précise que les membres du conseil d’Elecam doivent être “neutres et impartiaux. On ne peut raisonnablement être membre d’un parti politique et être neutre et impartial dans un processus électoral.


Deuxièmement, il n’existe aucune garantie que le conseil d’administration des 18 membres sera équilibré, représentant toutes les tendances politiques du pays. Aucune mention de ce fait ne figure dans le projet de loi et Paul Biya est complètement libre de nommer qui il veut à la commission. Compte tenu de son bilan à ce jour dans cette entreprise, les Camerounais peuvent s’attendre à un autre conseil d’Elecam composé pour répondre aux objectifs spécifiques de M. Biya qui se résument à rester au pouvoir indéfiniment.


Article 22 - La modification rend le directeur général d’Elecam qui est nommé par le président, une fois de plus, en violation flagrante de la loi, responsable de toutes les opérations électorales. Non seulement, ceci permet au président d’avoir un contrôle complet sur les opérations d’Elecam, mais il le fait en violation de la même loi qui stipule que l’enregistrement sur les listes électorales est l’entière responsabilité des commissions mixtes.


En résumé, le président Biya a créé le cadre juridique d’un hold-up électoral.


• Il contrôle entièrement le Conseil constitutionnel et en a fait la seule institution qui peut annoncer les résultats des élections. Aucune disposition légale n’est prise au cas où Elecam estimerait que ces résultats soient en contradiction avec ceux qu’il aurait obtenus sur le terrain.


• Il a mis toutes les opérations électorales sous le seul contrôle du directeur général d’Elecam qu’ il nomme et qui ne prête même pas serment solennel d’être juste et impartial. Le directeur général dans ce cadre juridique n’est responsable que devant M. Biya


• Après avoir dépouillé le conseil d’Elecam de tous les pouvoirs (il n’est ni responsable des opérations, ni en charge de communiquer les tendances des résultats), le président Biya l’ouvre maintenant à d’autres acteurs politiques. Même dans de telles conditions, il n’ya aucune garantie qu’il sera mis en place un corps équilibré car il n’existe aucune exigence juridique pour lui de le faire. Et même si c’était le cas, le « nouveau conseil » Elecam n’a aucun pouvoir. Le Président Paul Biya a fait ce qu’il avait à faire afin de maintenir sa position en 2011. Nous, les Camerounais, devons maintenant faire ce que nous avons à faire, afin d’avoir des élections libres et équitables en 2011.

A l’intérieur du Cameroun


1) Tous les Camerounais doivent s’inscrire pour voter. Le régime Biya a travaillé à décourager les Camerounais dans leur volonté de s’approprier leur système électoral. Le système électoral actuel est mauvais. Il ne pourra que s’améliorer si les Camerounais s’en emparent et s’en servent  comme un instrument pour amener des changements pacifiques à la tête de la nation. L’inscription des électeurs est la première étape de la prise de possession de notre système électoral. Assurez-vous que tous les camerounais électoralement majeurs sont inscrits pour voter.


2) Tous les Camerounais doivent s’impliquer dans la bataille pour la réforme électorale. Nous devons apporter des réformes dans ce système électoral et cela ne se produira que si nous les exigeons au plus tôt et avec détermination. Rejoignez Cameroun Ô’Bosso, un parti politique qui revendique la réforme électorale, ou tout autre groupe qui milite pour les réformes électorales. Les actions suivantes sont en préparation:


a)      Des pétitions - que tout Camerounais devrait signer


b)      Des réunions d’information pour sensibiliser davantage sur les réformes électorales


c)      Les protestations non-violentes pour exiger des réformes au gouvernement


3) Tous les Camerounais doivent fournir des ressources pour accomplir ce qu’ils souhaitent, notamment la libération de l’oppression et le renforcement de la capacité à mener collectivement cette bataille.


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